A chaque fois que j’annonce ? quelqu’un que je ne peux pas prendre de g?teaux, j’ai droit ? une remarque sur le danger des r?gimes alimentaires, sur l’inutilit? du r?gime au vu de ma taille fine, ou encore sur une ?ventuelle anorexie… J’ai alors pris l’habitude de dire automatiquement « non merci, je suis diab?tique ». ?a ne m’?pargne pas un regard surpris et d?sol?, mais ?a ne me d?range pas pour autant. Je m’y suis habitu?e. Quoique ceci n’est pas du tout arriv? du jour au lendemain…
On a d?couvert mon diab?te quand j’avais 15 ans. A cet ?ge, on sort entre amies, on ne se prive pas de confiseries et de chocolat, et on n’imagine pas notre ?t? sans barbe ? papa… ?a a ?t? un vrai choc pour ma famille. Quant ? moi, je ne prenais pas ?a au s?rieux et j’encha?nais les crises et malaises, sans parler des disputes avec mes parents. Quelques mois ont suffi pour me rendre compte que si je voulais rencontrer plus fr?quemment mes amies et ne pas rater les s?ances d’a?robic que j’aimais tant, il fallait que je respecte le r?gime alimentaire impos? par le m?decin…
Je me rappelle avoir pleur? toutes les larmes de mon corps, seule dans ma chambre. Je me lamentais sur mon sort et je me demandais pourquoi ?a m’arrive ? moi et pas ? quelqu’un d’autre. Je me sentais diff?rente, j’avais honte et j’?vitais les rencontres en famille. L? o? je devais faire face aux regards de piti? et de compassion… Je ne voulais pas de traitement sp?cial. Je voulais juste ?tre comme tout le monde…
J’ai toujours sur moi, mon lecteur de glyc?mie. Cela me permet de contr?ler mon taux, et d’?viter d’?ventuels malaises. Au d?but, ma m?re ?tait tr?s anxieuse, elle me faisait « piquer » toutes les heures et me regardait d’un ?il soup?onneux lorsque le taux ?tait un peu ?lev?… Elle a appris avec le temps ? me faire davantage confiance… Et j’ai appris ? accepter ma maladie et ? renoncer ? cette rage interne qui me poussait ? consommer des sucreries. Encore et encore, juste pour me venger… De qui ? De quoi ? Je n’en savais rien…
Dix ann?es sont pass?es, me voil? assise autour d’une table de f?te, garnie de tous les d?lices pour lesquels on ne peut qu’avoir l’eau ? la bouche. Je ressens une certaine fiert? en me sentant peu touch?e par ce « spectacle » culinaire…
On dit que ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts. Ma maladie m’a fortement affaibli au d?but, mais j’ai d?couvert en moi une force interne. Celle de relativiser les choses. J’avais fait l’erreur de me focaliser sur ce dont je suis priv?e. A cause de ma maladie, je ne prenais pas go?t ? la vie, ? tout ce que je pouvais faire. Un jour, une personne m’avait dit que dans la vie, on a le choix de la vivre en se lamentant sur notre sort, ou bien en profitant de tout ce que nous avons… J’ai fait le deuxi?me choix, et je suis loin de le regretter !

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